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  • Crise du logement et vote d’extrême droite en Allemagne

    Crise du logement et vote d’extrême droite en Allemagne

    Loin des commentaires superficiels qu’elles ont suscités sur l’effrayante montée de l’extrême-droite ou l’échec des politiques vertes, les élections allemandes portent quelques enseignements utiles à la gauche française. Le premier est assez évident, c’est l’utilisation intelligence et efficace des canaux des réseaux sociaux, sur lesquelles les jeunes générations s’informent. Heidi Reichinnek, co-leader de Die Linke, a su capter cette audience grâce à des vidéos devenues virales dénonçant la politique du CDU et de l’AfD sur l’immigration et le logement. Ce qui souligne l’importance de l’incarnation à l’heure de la saturation informationnelle et de la confusion idéologique.

    Mais le deuxième, et le plus crucial, c’est combien la crise du logement est un enjeu majeur qui façonne le paysage politique, notamment auprès des jeunes générations. Face à l’explosion des prix de l’immobilier, à la pénurie de logements abordables et à la précarisation croissante des jeunes, le logement est devenu une priorité politique incontournable.

    En 2023, l’Allemagne faisait face à un déficit estimé entre 700 000 et plus d’un million de logements, selon diverses évaluations. Une pénurie structurelle qui se traduit par une hausse brutale des loyers dans les grandes villes (40% à Berlin, 32% à Leipzig ou 21% à Cologne). Mais cette problématique dépasse la seule Allemagne. C’est un phénomène européen, de Berlin à Zagreb, de Dublin à Madrid.

    Selon Eurostat, plus de 40 % des jeunes âgés de 18 à 34 ans vivent encore chez leurs parents, faute de pouvoir se loger décemment. Au Royaume-Uni, le coût du logement absorbe une part croissante du revenu des jeunes, rendant l’accès à la propriété quasi impossible sans aide familiale. En Irlande, le prix moyen d’un logement a augmenté de plus de 130 % depuis 2013. Et à Dublin, les loyers dépassent désormais 2 000 € par mois, soit l’équivalent du salaire net de nombreux fonctionnaires. Avec une augmentation de près de 30 % en cinq ans à Madrid, les locataires madrilènes consacrent désormais en moyenne près de 60 % de leurs revenus au loyer. En Croatie avec une augmentation des prix immobiliers de l’ordre de 80 % au cours de la dernière décennie, qui ont conduit entre autres à des vagues d’évictions traumatisantes pour la population de Zagreb.

    Inévitablement, cette crise se traduit dans les urnes, au détriment des partis traditionnels en échec sur ce sujet. Ainsi, en Croatie, c’est le parti écologiste Mozemo, issu du mouvement « Zagreb c’est nous » qui a conquis la mairie de Zagreb. Le Sinn Féin à Dublin, Le parti Pirate à Prague ou Brno ou les libéraux de l’USR à Bucarest ont aussi bénéficié de cette dynamique contestataire autour du logement. En Allemagne, lors des élections fédérales du 23 février, c’est la gauche de Die Linke qui a su capitaliser sur cette question, en faisant du logement son cheval de bataille. En difficultés depuis la sécession de Sarah Wagenknecht sur une ligne très souverainiste, prorusse et antimigrants, Die Linke a cependant réussi à se repositionner en se concentrant sur ce sujet du logement qui préoccupe directement les jeunes. Car la crise du logement n’est pas qu’un problème de loyer  : elle conditionne l’accès à l’emploi, l’autonomie financière et même la possibilité de s’installer avec leur partenaire et fonder une famille.

    Mais ce choix de la nouveauté alimente aussi les démons de l’Europe : l’exigence d’une radicalité en réponse aux difficultés pousse aussi l’électorat des plus jeunes vers les mouvements d’extrême-droite. Heureusement, 25% des Allemands âgés entre 18 et 24 ans ont voté pour Die Linke, mais 20% d’entre eux ont préféré l’AfD. Une tendance là aussi européenne. Pire, on y retrouve la polarisation croissante qui oppose les choix émancipateurs et progressistes des jeunes femmes aux pulsions réactionnaires et fascisantes des jeunes hommes.

    La crise du logement est ainsi devenue un marqueur de la polarisation politique en Europe. Elle illustre les difficultés auxquelles sont confrontées les jeunes générations et leur exaspération face à l’inaction des gouvernements et des partis traditionnels. Si aucune solution concrète n’est mise en place pour rendre le logement accessible, la montée de l’extrême-droite risque de se poursuivre – et il n’y aura pas assez de jeunes électrices pour compenser le basculement.

    Une réduction des prix des loyers, premières dépenses contraintes des familles, doit être une priorité pour notre capitale lors des prochaines années. Garantir un logement décent à tous, par une répartition plus équitable de ceux qui existent déjà, est possible à condition de s’attaquer aux logements vides et aux meublés touristiques à Paris.

  • Comment mettre l’IA au service de l’éducation ?

    Comment mettre l’IA au service de l’éducation ?

    Le 27 janvier 2025 dans Le Café pédagogique

    « Qu’on le déplore ou s’en réjouisse, l’IA fait désormais partie des outils de l’éducation. Il est donc urgent et vital de s’en saisir, de nous y éduquer et d’apprendre à en maîtriser le formidable potentiel comme les dangereuses dérives » écrit Rodrigo Arenas à l’occasion de la journée internationale de l’éducation consacrée à l’IA. Le député rappelle les enjeux de formation des enseignants, et la nécessité de « développer un esprit critique face aux algorithmes » des élèves. Il déclare :« cela suppose une gouvernance publique forte, une réflexion collective et une vigilance constante ».  

    « Produire leurs travaux écrits est devenu un casse-tête »

    Travail, transports, santé, information, création artistique… évidente ou discrète, l’intelligence artificielle est toujours plus présente dans notre univers quotidien. Pour des milliers d’enseignants, le recours immodéré et surtout maladroit de leurs élèves aux logiciels de langage pour produire leurs travaux écrits est devenu un casse-tête pédagogique récurrent. Néanmoins, l’usage des Chat-gpt et autres Dall-e ou Deepl offre aussi une précieuse assistance pour la recherche documentaire, la traduction de documents inédits, la génération de questionnaires ou la production d’images pédagogiques.

    Qu’on le déplore ou s’en réjouisse, l’IA fait désormais partie des outils de l’éducation. Il est donc urgent et vital de s’en saisir, de nous y éduquer et d’apprendre à en maîtriser le formidable potentiel comme les dangereuses dérives. Hélas, pour le moment, elle sert surtout à nourrir la tentation chez certains de remplacer l’humain par la machine. Le Ministère de l’Éducation nationale en montre même le mauvais exemple avec son « service numérique de remédiation », qui laisse l’inquiétante impression d’une expérimentation d’école sans profs. Confier l’éducation à des algorithmes purement pour réduire les coûts ou remplacer des enseignants relève d’une vision déshumanisée et dangereuse de l’école.

    « L’école doit former des esprits libres et éclairés »

    Il n’est donc pas superflu de rappeler que l’école est bien plus qu’un lieu de transmission des savoirs : c’est une fabrique de citoyenneté, un espace de justice sociale, une promesse d’émancipation. Ce n’est pas en noyant les élèves sous des contenus automatisés ou en réduisant les interactions humaines que nous les aiderons à grandir. En outre, certaines pratiques, comme l’évaluation par IA sans aucune prise en compte du contexte, ou l’usage de la surveillance algorithmique, ne font que renforcer la pression sur les élèves et les enseignants. Si la révolution technologique de l’IA devait se résumer à accentuer la taylorisation des enseignants ou la sélection entre les élèves qui savent s’en servir et ceux qui se retrouvent à son service, alors à quoi bon. Loin des dystopies et des fantasmes, l’IA nous offre l’opportunité unique de réinventer notre manière d’apprendre et de transmettre pour mieux répondre aux défis sociaux, humains et pédagogiques de notre époque.

    Faisons-en au contraire un levier d’apprentissage pour réduire les fractures et les inégalités des familles face aux savoirs. L’école doit former des esprits libres et éclairés, capables de comprendre et d’interroger le monde. Loin de se substituer à la pensée humaine, l’IA peut en devenir un formidable catalyseur. Imaginez une classe où des simulations interactives permettraient d’explorer l’histoire, de modéliser des phénomènes scientifiques complexes ou de débattre des grands enjeux contemporains, avec des outils enrichis par l’intelligence artificielle.

    « L’IA au service du bien commun »

    Mais pour intégrer l’IA à l’école il faut une éducation numérique sérieuse et partagée. Pour que chaque élève puisse apprendre à utiliser ces outils avec discernement, à comprendre leurs biais et leurs limites, à développer un esprit critique face aux algorithmes, il faut aussi former leurs enseignants. Former les citoyens, c’est aussi leur donner les clés pour ne pas devenir les simples consommateurs passifs des technologies de la soumission. Il ne s’agit pas de livrer nos écoles aux intérêts privés ou de transformer les élèves en données exploitables, mais bien de placer l’IA au service du bien commun. Cela suppose une gouvernance publique forte, une réflexion collective et une vigilance constante.

    Ni miracle ni menace, l’IA sera ce que nous en ferons : un outil d’expansion de notre humanité ou une nouvelle étape vers l’aliénation. Réaffirmons cette ambition : que l’IA devienne un levier pour construire une école plus juste, plus inclusive, plus émancipatrice. Ensemble, réinventons l’éducation, non pour servir les machines, mais pour mieux servir l’humain.

    Rodrigo Arenas

  • Sauver l’Institut Mutualiste Montsouris : un symbole d’excellence médicale en péril

    Sauver l’Institut Mutualiste Montsouris : un symbole d’excellence médicale en péril

    Depuis son inauguration en 1999, l’Institut Mutualiste Montsouris (IMM) s’est hissé parmi les institutions les plus respectées de la médecine française. Né de la fusion du Centre Médico-Chirurgical de la Porte de Choisy et de l’Hôpital International de l’Université de Paris, l’IMM a su conjuguer innovation, pluridisciplinarité et humanisme pour répondre aux défis de la santé moderne. Aujourd’hui, cet établissement emblématique est à l’aube d’un péril majeur. Victime d’un modèle économique déséquilibré et de l’indifférence des décideurs publics, sa survie est gravement compromise.

    Une institution d’exception au service de tous

    L’IMM n’est pas un hôpital comme les autres. Premier centre français pour les hépatectomies, référence internationale dans le traitement des cancers de la prostate et du poumon, précurseur en chirurgie robotique et mini-invasive : cet établissement est le creuset d’une expertise unique, où la médecine de pointe rencontre un véritable souci de l’humain.

    Son excellence ne s’arrête pas aux prouesses techniques. L’IMM s’est également imposé comme un modèle d’inclusivité, notamment pour les personnes en situation de handicap. Tout, dans cet établissement, est pensé pour accueillir chaque patient sans distinction : fauteuils roulants disponibles dès l’entrée, espaces adaptés dans les unités de soins et une maternité exemplaire dans son accessibilité. Avec ses équipements spécifiques – comme une table de gynécologie électrique ou des chambres équipées pour les patientes à mobilité réduite –, la maternité incarne cette vision inclusive. Les salles de bain adaptées, avec strapontins pour les douches et dispositifs pour les soins du bébé, complètent ce dispositif tourné vers l’égalité d’accès aux soins.

    L’innovation va plus loin encore avec des services uniques en France : des calques thermoformés permettent aux patientes malvoyantes de mieux visualiser les échographies obstétriques, tandis que des consultations adaptées en langue des signes ou destinées aux personnes en situation de handicap moteur ou visuel assurent un accompagnement personnalisé.

    Mais l’engagement de l’IMM ne se limite pas aux soins physiques. L’établissement joue un rôle crucial dans la prise en charge de la santé mentale, en particulier chez les adolescents et jeunes adultes, une population souvent en situation de précarité psychologique. Dans ces moments charnières de construction personnelle et professionnelle, les pressions sociales et l’isolement peuvent provoquer des crises graves. En leur offrant un accompagnement accessible et adapté, l’IMM agit en prévention, limitant les drames individuels et contribuant à la résilience de notre société.

    Une crise économique aux racines structurelles

    Malgré une augmentation de 13 % de son activité sur les trois dernières années, l’IMM se trouve aujourd’hui au bord du gouffre financier. Sa dette dépasse 120 millions d’euros, et une fermeture pourrait survenir courant 2025 si des solutions ne sont pas rapidement trouvées.

    Cette situation alarmante ne résulte pas d’une mauvaise gestion, mais de l’injustice d’un modèle économique inadapté. L’IMM, en tant qu’Établissement de Santé Privé d’Intérêt Collectif (ESPIC), assume les mêmes missions de service public qu’un hôpital public : accessibilité des soins, réinvestissement des bénéfices dans l’innovation, et qualité irréprochable de la prise en charge. Pourtant, son financement, similaire à celui des hôpitaux publics, n’est pas assorti des subventions indispensables pour compenser ses coûts.

    Géré par des mutuelles, l’IMM n’est pas soumis aux règles des marchés publics, mais partage leurs exigences. La gestion de spécialités lourdes comme la chirurgie cardiaque ou la psychiatrie, couplée aux investissements nécessaires dans des domaines comme la santé mentale, pèse lourdement sur les finances de l’établissement.

    Une crise politique révélatrice d’un système défaillant

    Au-delà de l’IMM, cette situation met en lumière un problème systémique : la marchandisation croissante du système de santé, où la logique comptable supplante l’intérêt public. Les ESPIC sont poussés à fonctionner dans un cadre concurrentiel, jonglant avec des tarifs plafonnés, des coûts fixes en hausse et des réformes favorisant les soins ambulatoires – souvent moins rémunérateurs.

    Par ailleurs, les augmentations salariales décidées au niveau national, comme celles du Ségur de la Santé, n’ont pas été accompagnées de financements suffisants pour absorber ces hausses. Ainsi, des choix politiques, déconnectés des réalités des établissements, asphyxient progressivement des structures comme l’IMM et la livre à la commercialisation de la santé.

    Ce modèle fondé sur la rentabilité dévoie la mission essentielle des hôpitaux : garantir des soins de qualité accessibles à tous. Il est impératif de repenser ce paradigme pour replacer le soin aux patients au cœur de nos politiques de santé.

    Un impact désastreux pour les patients et le personnel

    La fermeture de l’IMM serait une catastrophe. Les patients dépendant de ses services, notamment en santé mentale, devraient se tourner vers des hôpitaux publics déjà saturés, allongeant les délais d’attente et dégradant la qualité des soins.

    Pour le personnel, cette fermeture serait une tragédie. Les efforts immenses déployés par ces professionnels, incarnant à la fois l’excellence et l’humanisme de cet établissement, seraient réduits à néant. Ce serait également un signal funeste pour les autres ESPIC, confrontés aux mêmes défis.

    Un appel à la mobilisation générale

    L’heure est à l’action. Sauver l’IMM, c’est préserver bien plus qu’un hôpital. C’est défendre une vision de la santé où excellence, innovation et inclusion se conjuguent pour tous. Deux fois déjà, en octobre et en décembre, j’ai interpellé la ministre de la Santé. Mais les paroles ne suffiront pas. Une pétition a été mise en ligne pour rassembler le soutien citoyen autour de cette cause.

    Ensemble, nous avons le pouvoir de garantir la pérennité de l’IMM et d’affirmer haut et fort que la santé est un droit fondamental, pas un privilège. Face à l’urgence, la mobilisation doit être massive et déterminée. Signons, agissons, et sauvons ce symbole d’excellence et d’humanité pour les générations à venir.

    L’IMM est bien plus qu’un hôpital : il est une promesse. Une promesse que la santé, en France, peut encore rimer avec humanisme, excellence et progrès. Mais cette promesse, aujourd’hui, repose sur nous.

  • Incendies en Californie : Don’t look up, version série

    Incendies en Californie : Don’t look up, version série

    Diversion et division. La stratégie est rodée, et à chacune des tragédies climatiques venues réclamer leur tribut de morts et de dégâts matériels, les imbéciles se précipitent pour montrer le doigt et détourner nos regards de la lune.

    La chorégraphie se répète aussi sûrement que reviennent ces catastrophes. A peine la rivière rentrée dans son lit ou les feux enfin retombés, les rumeurs les plus absurdes envahissent immédiatement les réseaux sociaux pour accuser les écologistes et les mesures environnementales d’être responsables du drame.

    Ces jours-ci, à Los Angeles, alors qu’un mégafeu barjavellien alimenté par la sécheresse et des températures extrêmes dévore les habitations des milliardaires, sous l’œil ému des caméras mondiales, d’autres pyromanes dont Trump en personne instrumentalisent les ravages pour dénoncer les réglementations limitant l’exploitation forestière ou le détournement des réserves d’eau à des fins de conservation de l’habitat d’un poisson d’eau douce. En soufflant sur les braises de la polémique, ils espèrent faire d’une pierre deux coups : accabler leurs adversaires politiques, surtout s’ils sont démocrates, écologistes ou LGBT, et discréditer toutes les politiques auxquelles ils s’opposent, à commencer par les politiques environnementales.

    Loin des médias qui ne s’intéressent qu’aux malheurs des riches, les terribles incendies dans les Landes en Gascogne en 2022 avaient donné lieu exactement aux mêmes offensives mensongères. Certains représentants agricoles et forestiers avaient ainsi accusé les restrictions sur les coupes d’arbres imposées par des réglementations écologiques, qu’ils estimaient responsables de l’accumulation de matières inflammables. Des figures politiques, comme certains députés, ont publiquement accusé les écologistes d’entraver les mesures de prévention.

    Mais c’est peut-être à Valence que le flot de désinformation et de polémique sordide aura été le plus spectaculaire, comme le raconte (en espagnol) l’ancien eurodéputé Florent Marcellesi. Alors que les inondations ont transformé les rues en torrents destructeurs, et causé des centaines de morts, l’extrême-droite espagnole s’est empressée d’accuser les politiques de renaturation des rivières, promues par des écologistes, qui auraient empêché le nettoyage et le renforcement des berges, aggravant ainsi les crues.

    Dans un retournement vicieux, ce ne sont plus les autorités locales – en l’occurrence aux mains de la droite en alliance avec l’extrême-droite – ni les coupes budgétaires drastiques dans les services publics, ni l’impréparation générale, ni le changement climatique, ni nos modes de vie qui sont en cause.

    La vérité, c’est que de la Californie à l’Australie ces mégafeux, très bien analysés par Joelle Zask, sont désormais notre nouvelle normalité. La vérité, c’est que les responsables ne prennent pas leur responsabilité. Au lieu de préparer nos administrations et nos territoires à affronter le nouveau régime climatique ils préfèrent se renvoyer les mauvaises balles et faire porter le chapeau à celles et ceux qui annoncent depuis longtemps qu’il faut tout changer. La vérité, c’est qu’il est urgent de sortir de la complaisance.

    La vérité c’est qu’il faut changer nos villes, changer nos vies. Vite.

    Ces débats, souvent nourris par des intérêts économiques et idéologiques, détournent l’attention des véritables causes : un dérèglement climatique global et une gestion inadéquate des territoires. Blâmer les écologistes revient à éluder le rôle central des émissions de gaz à effet de serre et des défaillances structurelles dans la gestion des écosystèmes, alors que ces catastrophes exigent des réponses collectives et ambitieuses.

  • L’EVARS, la nouvelle panique morale de l’extrême-droite

    L’EVARS, la nouvelle panique morale de l’extrême-droite

    Le 5 novembre 2024 j’écrivais à madame la Ministre de l’Education Nationale Anne Genetet, pour l’alerter sur la nécessité de renforcer le dispositif d’Éducation à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle (EVARS). Cette question est restée sans réponse à ce jour.

    Au cours du mois de décembre, une nouvelle version du contenu de ce même dispositif sera présentée aux organisations syndicales. Cette nouvelle version, qui présente un déploiement du dispositif de la maternelle au lycée, permet progressivement aux élèves d’assimiler différents aspects de la vie relationnelle.

    Un programme déjà contesté ?

    Suite aux nombreuses polémiques d’associations conservatrices ayant trouvé écho dans les propos du ministre délégué à la Réussite Scolaire Alexandre Portier, estimant que le contenu du nouveau programme qu’il avait consulté n’était pas « acceptable ». En l’état, il me semble aujourd’hui nécessaire de rappeler l’importance de ces cours, avant tout en tant que parent et en tant qu’élu.

    De quoi parle-t-on ?

    Pour en revenir aux faits, depuis le 4 juillet 2001, trois séances annuelles doivent être dispensées aux élèves au cours de toute leur scolarité de la primaire au lycée. Pourtant, cette obligation n’est pas respectée sur tout le territoire et environ 15 % des élèves bénéficient de l’EVARS. (rapport du CESE) L’intérêt de ce dispositif de santé publique est avant tout, rappelons-le, celui d’informer au mieux les enfants sur leurs droits fondamentaux (droits à la protection, à l’intimité, au développement indépendant de leur vie relationnelle), dans un objectif d’émancipation et de prévention des risques. Cet enseignement est particulièrement utile dans la détection des enfants victimes de violences sexistes et sexuelles et leur prise en charge par les pouvoirs publics.

    Soutenir le personnel de l’éducation

    A l’heure où la seule préoccupation des opposants à l’EVARS est celle d’entretenir les peurs et les fantasmes à son sujet, Anne Genetet a préféré accorder une interview très rassurante avec le Journal du Dimanche sur le contenu du nouveau programme à paraître, avant d’avoir un mot pour les enseignants en première ligne face aux offensives réactionnaires. Conjointement à une dégradation de la médecine scolaire, à une mauvaise formation des personnels concernés se faisant de plus en plus hors du temps scolaire, les professeurs, souvent bénévoles, s’auto-censurent parfois face à de potentielles réactions parentales alimentées par la désinformation. Il est de notre rôle de les soutenir et de les accompagner dans les difficultés qu’ils pourraient rencontrer. Il en va ainsi de l’épanouissement, de la santé et de la sécurité des enfants. L’EVARS est un sujet à la croisée de plusieurs problématiques auxquelles je suis attaché et devant lesquelles je saurai me montrer exigeant, y compris en cas de nouvelle ministre.

  • Stop aux hausses de loyers dans les logements sociaux à Paris !

    Stop aux hausses de loyers dans les logements sociaux à Paris !

    Les bailleurs sociaux de la ville de Paris ont récemment annoncé qu’ils augmenteraient leurs loyers pour l’année 2025. Cette augmentation ira jusqu’à 3,26% au 1er janvier prochain, sans aucune concertation avec les locataires de la capitale. Depuis 2022, les loyers ont augmenté de 10% !

    Cette augmentation s’inscrit dans un contexte de hausse constante des loyers, conséquence de la spéculation immobilière depuis le début des années 2000. Depuis, le prix moyen du mètre carré parisien a été multiplié par cinq, et les loyers suivent !

    Si le nombre de logements sociaux dans la capitale correspond aux objectifs de la loi SRU, puis de la loi ELAN, ces derniers représentant 25% du parc locatif parisien, leur répartition disparate pose problème. De fait, 71% des demandeurs franciliens déclarent des ressources pouvant prétendre à un logement de type PLAI (logements dits « très sociaux »), tandis que ces derniers ne représentent que 27% des financements entre 2001 et 2023. A l’inverse, si seulement 29% des demandeurs disposent de revenus compatibles avec des logements PLUS et PLI (logements « intermédiaires »), ceux-ci représentent 73% des financements sur la même période.

    Les hausses injustes de loyers s’accompagnent donc d’une répartition des logements sociaux qui ne correspond pas aux besoins des demandeurs !

    Les bénéficiaires dénoncent pourtant des conditions de vie toujours plus désagréables dans les constructions déjà existantes. A la rencontre des habitant.es de ma circonscription, j’ai par exemple pu rencontrer une mère inquiète pour la santé de ses enfants, fréquemment hospitalisés à cause de crises d’asthme liées à la moisissure se développant sur les murs de leur chambre. Malgré toutes ses plaintes auprès des bailleurs sociaux et des équipes municipales, rien n’a été fait pour l’accompagner. Ce n’est qu’un exemple d’une longue série de témoignages de maltraitance sociale à laquelle aucune réponse politique n’a été apportée. 

    Dès 2026, une politique municipale du logement social devra prendre des mesures concrètes pour améliorer les conditions de vie des résidents sans piocher davantage dans leur portefeuille. Une fois élue, la gauche devra pousser les bailleurs sociaux à entreprendre des travaux de rénovation quand les habitants le demandent, tout en accompagnant une politique de financement des logements sociaux plus cohérente avec la demande.

    A Paris les logiques financières contribuent à fragiliser la cohérence du parc immobilier de la capitale. Avec la multiplication des locations meublées à courte durée, ce sont tous les loyers du parc privé qui augmentent, entrainant une augmentation significative des demandes de logements sociaux. C’est pourquoi la puissance publique doit agir sur le cas des plateformes de locations meublées, en limitant les droits des propriétaires à une location de chambre au sein d’un logement qui est occupé annuellement. Cela permettra d’éviter les acquisitions de logements, voire d’immeubles, pour leur rentabilité financière immédiate, au détriment de la vie de nos quartiers !

  • Milei, Trump, Georgescu et les réseaux sociaux

    Milei, Trump, Georgescu et les réseaux sociaux

    La mauvaise nouvelle de la semaine nous vient de Roumanie. Le premier tour de l’élection présidentielle en Roumanie a déchiré un voile d’illusions : nos système démocratiques sont plus que jamais menacés par la conjonction entre populisme, extrême-droite et réseaux sociaux.  L’ascension spectaculaire de Călin Georgescu (22%), candidat nationaliste d’extrême droite prorusse, aux discours pseudo-ésotériques est un signal d’alarme. Certes, il y a un peu d’espoir de voir la candidate Elena Lasconi, lui barrer la route, si le favori de la course, le Premier ministre socialiste est arrivé troisième, joue le jeu et accepte de la soutenir (ce qui n’est pas gagné).

    Mais le vrai problème n’est pas seulement qu’un autre pays européen encore pourrait basculer à l’extrême-droite. Il est dans le chemin de ce succès : c’est grâce à une campagne entièrement réalisée sur les réseaux sociaux, et particulièrement TikTok que Georgescu a réussi à capter un électorat jeune souvent éloigné des urnes. Ses vidéos virales, associant des scènes dynamiques et des messages spiritualistes et nationalistes, ont multiplié sa visibilité et renforcé son audience, servie par un algorithme qui récompense les contenus spectaculaires. Cette approche, mêlant modernité technologique et discours ultraconservateur, a pris de court l’électorat et les partis établis.

    Il y a des précédents, comme ces influenceurs chypriote ou espagnol qui ont gagné un siège au Parlement européen en juin en racontant n’importe quoi, et de préférence des énormités d’extrême-droite. Mais c’est aussi un danger à gauche, comme pour Syriza, parti de la gauche radicale grecque, dont Stefanos Kasselaki, citoyen grec vivant aux USA, financier et charismatique, avait gagné la présidence du parti après une campagne totalement virtuelle sur les réseaux sociaux. On le sait depuis le Brexit, les nouvelles formes de populisme numérique peuvent avoir des conséquences bien plus lourdes que le destin d’un parti d’opposition grec.

    C’est ce que Giuliano Da Empoli explique bien dans son livre sur la convergence entre big data et les succès de l’extrême-droite, de Trump à Orban en passant par Netanyahu.

    Cette élection roumaine nous rappelle un défi démocratique majeur : l’impact des réseaux sociaux sur nos institutions. Entre désinformation et polarisation, ces plateformes amplifient les divisions au lieu de promouvoir le débat démocratique et un espace public sain. Les algorithmes, motivés par le profit, favorisent les contenus les plus clivants, reléguant la nuance au second plan.

    Cette dérive, que nous observons à travers l’Europe, érode la confiance des citoyens dans leurs institutions et dans le processus démocratique lui-même. Elle questionne notre capacité collective à construire un espace de discussion respectueux et informé. En France comme ailleurs, nous ne sommes pas immunisés contre ces phénomènes.

    Plusieurs ONG roumaines ont demandé à la Commission européenne d’ouvrir une enquête sur l’utilisation de TikTok pendant la campagne, en s’interrogeant sur la transparence et la sécurité de cette plateforme dans un processus électoral.  

    Il est impératif que l’UE et surtout les Etats membres prennent leurs responsabilités. Réguler les plateformes numériques pour qu’elles servent l’intérêt général, et non des intérêts privés, est devenu une priorité. Ce combat pour la vérité et la démocratie est celui de notre époque.

  • Pourquoi je voterai contre l’accord UE-MERCOSUR

    Pourquoi je voterai contre l’accord UE-MERCOSUR

    La Commission européenne a annoncé sa volonté de conclure l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur au cours des prochaines semaines. Cette signature ne peut être tolérée. Quelles que soient les motivations de chacun, cette signature sera discutée à l’Assemblée nationale le 26 novembre prochain. La représentation nationale aura le dernier mot pour cette décision qui engage l’avenir de notre système agricole. Je voterai contre cet accord.

    Les agriculteurs français ont commencé cette semaine une nouvelle mobilisation, notamment pour dénoncer cet accord. Ils ont raison. Fruit de 25 ans de négociation avec les pays du Mercosur, la version actuelle est d’ores et déjà obsolète. Il ne peut être accepté un traité de libre-échange qui ne ferait qu’avantager l’importation de denrées alimentaires de moins bonne qualité au profit d’exportations industrielles (surtout automobiles) qui correspond à un modèle économique dépassé.

    Les paysans ont raison d’être en colère. Cet accord ne ferait que mettre une nouvelle pierre dans leurs difficultés à se dégager un revenu décent, à l’heure ou près d’un cinquième des agriculteurs a un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Si cette situation est liée à un modèle productiviste complètement dépassé, y intégrer une nouvelle concurrence encore plus productiviste n’arrangera rien à la situation.

    Des négociations d’une telle importance avec les pays d’Amérique du sud devraient être l’occasion de relancer une diplomatie française multilatéraliste, basée sur l’entraide et le respect des accords internationaux, dont l’Accord de Paris. Ce n’est pas en encourageant une hausse de la déforestation de l’Amazonie et en important -à un coût carbone trop important par rapport à nos besoins- des productions qui ne respectent pas nos normes que la position de la France sera plus respectée dans le monde.

    Au-delà de ça, il ne peut être envisagé comme équitable un accord qui nuit aux intérêts des agriculteurs français par une concurrence déloyale, et qui encourage l’exploitation des paysans brésiliens dans un système productiviste délétère. Un accord aussi massif (concernant entre 40 et 45 milliards d’euros d’importations et d’exportations par an) devrait plutôt donner l’opportunité à la production des pays concernés de monter en gamme. L’Union Européenne a, dans cette situation, une part de responsabilité importante, qu’elle doit assumer devant les paysans.

    Les relations internationales ne doivent pas être basées sur des relations commerciales, elles doivent être un prétexte pour mener une politique écologique, sociale et respectueuse de l’environnement au niveau international et relancer des relations multilatérales indispensables pour que la France garde une voix entendue dans la région.

    Nos paysans ne doivent pas être le fusible d’intérêts industriels européens qui ne sont pas au niveau de la bifurcation écologique nécessaire. Les choix commerciaux actuels de l’UE ne doivent pas menacer la souveraineté alimentaire française faisant peser sur les générations futures une amplification du caractère industriel et mondialisé de notre système agricole.

  • Inondations à Valence et rôle des barrages : une réponse à l’extrême-droite

    Inondations à Valence et rôle des barrages : une réponse à l’extrême-droite

    Postée le 1er novembre sur X par « Le_Patriote13 », un compte d’extrême droite, soutien d’Éric Zemmour, la publication – vue près de 400 000 fois et partagée notamment par le journaliste sportif et chroniqueur Frédéric Hermel – est accompagnée d’une carte, que son auteur présente ainsi : « Les points bleus indiquent tous les barrages qui ont été supprimés autour de Valence ». Aucune source n’est donnée. En réalité, ces points renvoient aux retenues d’eau, lacs de barrage, seulement des ouvrages qui ne bloquent pas le passage de l’eau.

    En juin 2023, la Confédération hydrographique du Júcar justifiait la destruction de certains de ces ouvrages car « nombre d’entre eux [étaient] hors d’usage et sans fonction ». Un site du ministère espagnol de la Transition écologique permet de considérer où ont été détruits ces seuils et leurs caractéristiques : la plupart mesuraient 1,5 mètre de hauteur. En réalité, la coalition de gauche de Valence a détruit d’anciens barrages pour contribuer d’un meilleur écoulement des cours d’eau.

    La communauté autonome de Valence est chargée de la prévention des risques en vertu des pouvoirs décentralisés en vertu de la Constitution espagnole. Ce territoire peuplé de 5 millions d’habitants est depuis juin 2023 le laboratoire du rapprochement entre le Parti populaire et Vox – bien que ce dernier ne soit plus dans le gouvernement local.

    Il a depuis imposé sa politique climatosceptique, avec le démantèlement de l’Unité valencienne de réponse aux urgences, un service public qui avait été créé par la majorité précédente de gauche en 2019. C’est seulement à partir de 20h, le 29 octobre, que la région a diffusé un message d’alerte sur tous les téléphones portables des habitants. Trop tard. C’est dès 18h que les conséquences dramatiques des inondations se produites avec des crues soudaines, quand les habitants allaient de leur travail à leur domicile ou faisaient leurs courses.

    On estime à 280 000 le nombre de logements en zone inondable dans la région, représentant plus d’un quart de tout le pays. Une étude espagnole réalisée par le géographe V. Soriano en 2014 explique que, depuis 1956, les deux tiers des vergers de l’agglomération de Valence ont été supprimés : de 15 000 hectares il y a 60 ans, il restait seulement 6 000 hectares il y a 10 ans. C’est ce qui représente l’équivalent de la taille de la ville de Paris. L’aménagement urbanistique de nos métropoles doit désormais être au cœur de notre stratégie de réponse aux événements climatiques extrêmes.

    Face aux fausses informations de l’extrême-droite, il nous appartient de dire la vérité : l’anticipation et l’adaptation seront les seules réponses de long terme pour qu’un tel drame ne se reproduise plus.

  • Trump, la France et l’Amérique latine : une nouvelle histoire à raconter

    Trump, la France et l’Amérique latine : une nouvelle histoire à raconter

    Avec l’élection présidentielle américaine qui s’est tenue ce 4 novembre 2024, le retour de Donald Trump acte l’émergence d’un nouvel ordre international. Cette victoire n’a évidemment rien d’anecdotique, elle aura des conséquences importantes sur notre vie en France, en Europe et dans le monde.

    C’est d’abord et avant tout la victoire des mensonges diffusés en boucle sur les réseaux sociaux, de la violence politique et de l’argent des milliardaires américains. Cet événement renvoie également à une série de problématiques contemporaines qui se posent aux classes populaires américaines et européennes : les ravages de la désindustrialisation, le manque de services publics et les effets politiques de l’inflation sur les biens alimentaires et sur les produits énergétiques.

    C’est ensuite un risque fort sur les relations internationales qui seront déstabilisées si le nouveau Président met en œuvre son programme. Il l’a déjà montré en se retirant de l’Accord de Paris sur le climat et en affaiblissant financièrement l’Organisation des nations unies lors de son premier mandat. Il sera désormais en mode XXL en déstabilisant des régions entières du globe, de l’Europe centrale et du Proche-Orient, ainsi qu’en Amérique latine.

    C’est enfin une quasi-agression à l’encontre de l’Amérique latine : en « déportant » massivement des personnes migrantes et en militarisant la frontière méridionale, il fragilise l’Etat mexicain. Après avoir déstabilisé politiquement la région et mené une concurrence économique forcenée, les Etats-Unis visent désormais à imposer leur propre ordre migratoire, à l’opposé des intérêts de tous les autres pays du continent.

    N’oublions pas que la France est une puissance de la région Amérique latine et Caraïbes. Nous y sommes présents, en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin. Nous devons y défendre nos intérêts vitaux et notre agenda. C’est pourquoi, face à l’émergence d’une puissance désormais révisionniste, il convient de renforcer nos liens avec les Etats latino-américains, et ce en faveur d’un agenda progressiste de part et d’autre de l’Atlantique.

    Les enjeux de contrôle et de garantie des conditions de migrations, la lutte contre les inégalités mondiales et la bifurcation écologique doivent être les marqueurs des nouvelles relations à construire entre la France et l’Amérique latine.