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  • Jeunes et réseaux sociaux, vers l’interdiction ?

    Jeunes et réseaux sociaux, vers l’interdiction ?

    Mettre un sparadrap sur une jambe de bois, ça ne sert pas à grand-chose. Alors interdire à une partie de la jeunesse de surfer sur les réseaux, cela peut paraître être une bonne idée, mais nous connaissons à l’avance le résultat : une interdiction ne permettra pas d’atteindre l’objectif visé, surtout quand les VPN sont si faciles à installer !

    Ce qu’il convient de faire, c’est bien plutôt de travailler en amont avec les enfants et les adolescents afin de leur expliquer pourquoi cet usage est néfaste, quels risques ils encourent et surtout comment ils peuvent améliorer leur usage, se protéger de toutes les dérives liées à l’exposition des écrans. La pédagogie est toujours positive.

    L’interdiction fait porter la responsabilité aux plateformes, bien sûr, mais aussi aux familles qui, selon certains élus proches du gouvernement, vont devenir toxiques si elles ne parviennent pas à mettre en place cette interdiction. Drôle de paradoxe où les victimes deviennent coupables à leur tour. Il conviendrait de rechercher d’autres coupables. La régulation de la puissance publique doit bien davantage porter sur ceux-là même qui créent les addictions. A savoir, les lobbies du numérique. Car les applications sont conçues pour être addictives en raison même de leur modèle économique qui est le plus souvent basé sur le temps d’écran et le taux d’engagement des utilisateurs, à leur tour générateurs de revenus publicitaires. Il serait sans doute bien plus efficace de taxer très lourdement les réseaux comme TikTok ou Snapchat. Ou même d’appliquer plus strictement le Digital Services Act, par exemple, en obligeant les plateformes à détecter et empêcher que les enfants voient des contenus illicites ou nocifs. Mais pour cela, il faut avoir le courage politique de s’attaquer à ces géants de l’industrie numérique, et de s’attaquer à leur modèle économique.

    En attendant, je rappelle un certain nombre d’évidences sur le travail pédagogique que nous, adultes, pouvons mener au sein de l’École. Misons sur l’accompagnement, la coéducation. Le dialogue est sans aucun doute l’une des meilleures armes dont nous disposons maintenant.

  • Ma réaction à l’élection de l’extrême droite au Chili

    Ma réaction à l’élection de l’extrême droite au Chili

    La gauche ne perd pas seulement quand elle est attaquée, elle perd surtout quand elle renonce à être elle-même. Et dans chacun de ses renoncements, elle fait avancer un peu plus la bête.

    La victoire de l’extrême droite au Chili n’est pas juste une mauvaise nouvelle parmi d’autres dans le fil d’une actualité déprimante. C’est un choc politique, moral et historique. Un choc pour les Chiliens, bien sûr, qui voient revenir en force les macabres fantômes d’un passé qu’ils croyaient enfin dépassé.

    Mais ce choc nous concerne nous aussi, en Europe et en France. Parce que le nouveau président chilien est un descendant de nazi et qu’il s’inscrit dans l’inquiétante dynamique d’une extrême-droite conquérante de part et d’autre de l’Atlantique – mais aussi parce que nos histoires sont liées. Parce que nos luttes se sont croisées. Parce qu’Allende et son « Unité populaire » étaient un modèle pour beaucoup de gens de gauche. Parce que la mémoire de la dictature chilienne a longtemps habité nos rues, nos universités, nos syndicats, nos familles politiques.

    Le Chili, ce n’est pas « loin », ni « ailleurs ». Pour nous descendants des exilés, c’est un peu de notre chair encore à vif. Mais pour la France aux prises avec ses propres vieux démons jamais complètement domptés, c’est un miroir.

    Un miroir qui renvoie aujourd’hui une image brutale. Celle d’un pays qui après avoir connu l’horreur de Pinochet, et la mobilisation contre sa dictature dans un référendum resté célèbre, avait récemment porté dans les rues l’une des plus grandes mobilisations populaires de ces dernières décennies. Pour aujourd’hui se ranger à une majorité écrasante (60%) derrière un président aux antipodes de ces aspirations. Un président élu sur des messages trop familiers pour ne pas alarmer les démocrates : l’autoritarisme, l’ordre, l’immigration et la réaction.

    Pour la gauche en général, et chilienne en particulier, la stupeur est réelle, l’incompréhension profonde. Comment en est-on arrivé à cette catastrophe ? Comment l’espoir a-t-il pu se transformer en rejet, et en bascule vers son exact négatif ? La tentation est grande de chercher des causes externes, de dénoncer la peur, la manipulation, la nostalgie de l’ordre et les ingérences étrangères.

    Certes, ces éléments existent. Mais ils ne peuvent suffire à éluder la grande responsabilité de celles et ceux qui ont gouverné. Cette défaite ne tombe pas du ciel. Elle est le produit d’un processus politique précis : celui des renoncements. Renoncement à la rupture promise. Renoncement à l’affrontement avec les puissances économiques. Renoncement à transformer réellement les conditions de vie de celles et ceux qui avaient tout misé sur le changement. Les soulèvements de 2019 portaient une espérance claire et profonde : en finir avec le modèle néolibéral hérité de la dictature. Faire entrer le Chili dans un nouveau pacte social, moderne, féministe, égalitaire, écologiste, avec une place enfin pour les Mapuche.

    Malgré l’enthousiasme des premiers pas, cette promesse n’aura jamais été tenue. Pire, elle a été diluée, technicisée, neutralisée. À force de compromis dépolitisés, présentés comme de la « responsabilité », la gauche au pouvoir a fini par se présenter comme une prolongation aménagée plutôt que l’alternative qu’elle se rêvait d’être.

    C’est hélas une leçon que l’Europe connaît bien : quand l’espoir fait place à la déception, ce ne sont pas les forces progressistes qui en profitent. C’est toujours l’extrême droite. Il y a certes la démission et la compromission de la droite, mais le premier pas de l’extrême-droite vers la victoire commence toujours par l’échec de la gauche.

    Car l’extrême droite se nourrit de la colère bien sûr, mais surtout des sentiments de trahison. Elle avance quand la politique cesse d’être honnête et lisible. Quand les mots ne correspondent plus aux actes. Quand la gauche parle de transformation mais gouverne comme si elle avait peur de vraiment changer le monde. Quand elle oublie qu’elle est d’abord un mouvement culturel à vocation révolutionnaire, pas un parti politique à vocation gouvernementale.

    Puisque nous aimons tant tirer ici nos inspirations de la gauche là-bas, ce qui s’est passé au Chili doit alerter la gauche française à l’horizon de la grande bataille de 2027. Sur le grand cadavre encore chaud du macronisme qui a tant fait pour la nourrir, l’extrême-droite française prospère comme une hyène vorace. Les dénonciations morales, le mépris, et surtout les imitations maladroites ne la feront certainement pas reculer. Pire, elles la stimulent.

    La gauche ne pourra prétendre lui barrer la route qu’avec un vrai projet de rupture, clair et ambitieux, assumé, fidèle à ses engagements. Porté par un mouvement culturel, ancré profondément dans la société et capable d’en traduire les aspirations. On ne combat pas la réaction en édulcorant le progrès. On ne répond pas à la colère populaire par la gestion prudente et molle. On ne gagne pas en rassurant les marchés et en demandant de la patience à celles et ceux qui n’en peuvent plus. Sinon, on se retrouve comme Jeannette Jara au deuxième tour : seule, sans alliés ni réserve de voix, incapable d’inspirer la confiance et l’enthousiasme nécessaires à la conquête d’une majorité.

    Cette leçon chilienne est simple et brutale : la gauche ne perd pas seulement quand elle est attaquée, elle perd surtout quand elle renonce à être elle-même. Et dans chacun de ses renoncements, elle fait avancer un peu plus la bête. Sidérée par sa propre faiblesse, la gauche française n’est cependant pas condamnée à la défaite. Si elle apprend à faire vivre ses différences plutôt que de s’épuiser en luttes stériles pour l’hégémonie, si elle renoue avec le mouvement culturel qui aspire au changement, si elle accepte d’être une force de transformation plutôt que de gestion… Elle pourra prétendre faire mentir les scénarios qui l’ont déjà enterrée. Sa responsabilité historique est engagée.

    Nous n’avons pas le droit d’ignorer cet avertissement. Parce que l’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais elle punit toujours les mêmes aveuglements.

  • Laïcité, j’écris ton nom.

    Laïcité, j’écris ton nom.

    Cette année, plus que toutes les autres, nous célébrons la loi de 1905 comme un héritage précieux de notre République. Alors que le monde se charge de tensions religieuses et identitaires vilement exploitées par les marchands de haine et les profiteurs de guerre civile, je pense qu’il faut rappeler cette vérité, simple et évidente : en France, la laïcité a gagné. Elle s’est installée au cœur de notre République, non comme un compromis, mais comme un principe indiscutable. 

    Malgré l’argent de leurs mécènes millionnaires mal intentionnés, Bolloré, Qataris, Stérin et consorts, quelques excités salafistes, quelques calotins rétrogrades ou quelques rabbins extrémistes n’y changeront rien : l’État reste neutre, la société reste séculière et nos concitoyens vivent à l’abri d’une République laïque, qui offre l’asile à toutes les croyances, et protège toutes les consciences.

    Ce sont là des acquis immenses, souvent sous-estimés. Car ce que notre société a conquis avec la loi de 1905, ce n’est pas seulement une séparation juridique et le socle de la République. C’est une paix civile. La sécularisation de la société française, loin d’être un combat quotidien, est désormais une réalité structurelle que même l’horreur et la tragédie criminelle des attentats islamistes dont nous avons commémoré le 10e anniversaire n’auront pas réussi à remettre en cause.

    Mais dans le sillage sanglant de ces attaques contre la République, s’est confortée une dérive inquiétante, initiée depuis le tournant du siècle. Depuis deux décennies maintenant, la laïcité est instrumentalisée, dévoyée, détournée. Au lieu d’être le rempart contre les dominations religieuses, elle devient parfois l’alibi commode pour désigner un groupe – toujours le même d’ailleurs – et pour l’exclure, lui faire sentir qu’il est « de trop ». On ne protège plus la République : on désigne des citoyens comme étrangers à la République. 

    Cette déformation n’est pas un accident. Elle est portée, de façon insistante, par une droite radicalisée qui cherche à donner une respectabilité républicaine à ses obsessions racistes et son projet réactionnaire. La laïcité se pare alors de grands mots – neutralité, ordre, civilisation – pour masquer un tri : distinguer à coup de saucisson et de voile, les « bons Français » des « mauvais Français ». C’est une logique dangereuse, qui cherche à fracturer l’unité nationale au nom d’un principe qui devait la garantir.

    Pire encore, ce discours glisse parfois dans une partie de la gauche. Au nom d’un athéisme républicain ou d’un noble combat contre l’antisémitisme, certains de nos camarades de lutte se sont laissés entraîner sur le terrain miné des conflits identitaires : celui où l’on confond la défense des principes républicains avec la volonté de contrôler les corps ou les apparences. La République exige qu’on la serve à visage découvert, mais elle ne force personne à renoncer à sa liberté de conscience, même au nom de l’émancipation. Elle demande d’abord à chacun de respecter l’autre.

    Avec ces « laïcs-là » républicains dans la lettre, mais jamais dans l’esprit, la laïcité devient le cheval de Troie du retour du refoulé colonial, où le racisme des « civilisations supérieures »se voile derrière le discours de l’émancipation des femmes ou les couleurs du drapeau.

    Contrairement aux discours des paranoïaques de l’entrisme, la laïcité n’a pas besoin d’être plus dure. Elle a besoin d’être plus juste. Nous n’avons pas à inventer de nouvelles séparations, mais de nouvelles inclusions. Sans naïveté sur les forces qui nous menacent, nous devons juste rester fidèles à l’esprit de 1905 : un État neutre, une société libre, des citoyens égaux.

    Ceux qui prétendent aujourd’hui sans rire se revendiquer de la laïcité seraient bien inspirés de méditer la leçon de ses fondateurs. Pour les Buisson, Jaurès, Blum ou Briand, la spiritualité laïque n’était pas une religion de remplacement, mais une exigence morale : la liberté de conscience, l’autonomie de l’esprit et la dignité humaine font de la laïcité le cadre d’une élévation. Elle fonde la liberté individuelle à chercher du sens, tandis que l’école, la justice sociale et la fraternité nourrissent l’âme civique. Elle forme les fondations d’une paix intérieure, libérée de toute domination dogmatique.

    C’est cela qui doit nous guider aujourd’hui, et rien d’autre.

  • Le Carrefour de trop ?

    Le Carrefour de trop ?

    Il y a des colères qui en disent long. Il y a quelques jours, c’est l’ouverture d’un Carrefour City dans le très chic 6e arrondissement de Paris qui provoque un mécontentement chez les habitants et habitantes de ce quartier. Une levée de boucliers, portée par une pétition classiste aux arguments révélateurs.

    De quoi parle-t-on ?

    À l’angle de la très fréquentée rue Vavin, non loin du Jardin du Luxembourg, se trouve une petite place. Un lieu de passages, de retrouvailles, de rendez-vous, entouré d’établissements scolaires et universitaires, privés comme publics : lycée Montaigne, l’Université Panthéon-Assas, L’Institut Catholique de Paris, Notre Dame de Sion, l’École Alsacienne, etc.
    S’y trouvait autrefois un Oxybul mais l’annonce de l’installation d’une supérette de l’enseigne Carrefour y a semé le trouble. Certains riverains y voient une menace, parce qu’avec elle viendraient « la mendicité », les « ouvriers », les « livreurs à 6h du matin ». En somme, la vie réelle, les classes populaires, les métiers invisibles pourtant sollicités par ceux qui les pointent du doigt.

    Une sémantique révélatrice.

    Lorsqu’une anonyme du coin évoque la nécessité de préserver le « biotope » du quartier, on franchit un cap. Parler d’un « biotope » humain comme d’un écosystème en voie de disparition, menacé par les classes populaires consommatrices et les actifs, c’est dire sans détour que l’on ne veut pas les croiser. Le 6e arrondissement n’est pas une cloche. On a le droit d’être en désaccord avec un projet urbain. Ici, cela ne relève pas d’une analyse mais bien d’une crispation conservatrice. C’est encore moins un débat honnête sur les commerces de proximité ou sur l’accessibilité au beau, dont on pourrait discuter longuement car porteurs de véritables problématiques urbaines-sociales, mais bien une tentative de sanctuarisation sociale, à rebours de toute idée de ville partagée et habitée.

    Une élue de gauche ne devrait pas dire ça

    Plus inquiétant encore : la députée socialiste de la 11e circonscription de Paris, Céline Hervieu, semble reprendre à son compte cette même logique de préservation élitaire d’un territoire pour certains mais pas pour tous. L’accessibilité et le brassage social sont des principes fondamentaux de toute politique urbaine se voulant de gauche, et ils devraient l’être encore davantage à Paris. Le 6e arrondissement, aussi élégant soit-il, n’est pas un sanctuaire : c’est un quartier vivant, traversé par des habitants, des travailleurs, des étudiants. Rien ne justifie qu’il soit aseptisé. Ce qui abîme Paris, ce sont les privatisations répétées de l’espace public au profit de grandes marques du luxe. Les ponts fermés, les places bouclées, les parcs inaccessibles, le marché immobilier saturé, la muséification de la ville. J’alerte sur cette tendance, ce discours révélant une impasse pour la gauche qui prétend défendre les marginalisés. On ne peut pas parler des plus pauvres seulement au moment des élections, puis céder au confort des classes dominantes une fois en responsabilité.

    Mais encore ?

    Oui, Carrefour est une grande enseigne commerciale de consommation. Oui, on peut défendre le commerce local abordable. Mais ce n’est pas ce qui semble être en jeu ici. Ce qui est visé, c’est ce que cette supérette représente : la possibilité que le quartier ne soit plus exclusivement bourgeois, la crainte de devoir cohabiter avec ceux et celles qui n’ont pas les mêmes revenus, ni les mêmes horaires.

    Paris ne doit pas devenir un village privé : je plaide pour une capitale vivante, habitée, brassée, contradictoire parfois aussi, traversée par des trajectoires de vies différentes. En bref, une ville pour tous et toutes où l’on vit, travaille, grandit, pas seulement où l’on possède.

  • Permettre aux parents de protéger leur enfant face aux évènement climatiques

    Permettre aux parents de protéger leur enfant face aux évènement climatiques

    Partout dans le monde les événements climatiques extrêmes se multiplient. On a observé, impuissant, les inondations qui ont ravagé la France en 2024. Les canicules arrivent de plus en plus tôt dans l’année avec une intensité croissante comme celle que nous vivons actuellement.

    Ces aléas dangereux pour tous, le sont plus particulièrement pour les enfants.
    Notre devoir est de les protéger. Aujourd’hui, quand un établissement scolaire ferme, les collectivités ne sont pas en mesure de prendre en charge les enfants. Il est donc primordial de garantir aux familles la possibilité de garder et prendre soin de leurs enfants.

    Cependant, cette garantie n’existe pas encore. J’ai déposé une Proposition de Loi qui permettrait aux parents, vivant dans une zone touchée par un événement climatique extrême, de garder leur enfant auprès d’eux.

    PROPOSITION DE LOI

    visant à donner aux parents d’élèves la possibilité de garder
    leurs enfants en cas d’évènement climatique extrême et
    de fermeture de l’établissement scolaire de leur enfant
    sans perdre aucune journée de salaire,

    Article unique

    La section 1 du chapitre II du titre IV du livre Ier de la troisième partie du code du travail est complétée par une section 5 ainsi rédigée :

    « Sous‑section 5
    « Congé pour événement climatique

    « Art. L. 3142‑36. – Le salarié bénéficie d’un congé rémunéré au cas où un événement climatique extrême entraîne la fermeture de l’établissement qui accueille l’enfant de moins de seize ans dont il assume la charge au sens de l’article L. 513‑1 du code de la sécurité sociale.

    « La fermeture de l’établissement doit être décrétée par le préfet.

    « La durée de ce congé est au maximum de cinq jours par an. »

    Celle-ci leur garantit des congés rémunérés, pour la durée des événements, leur permettant de garder leur enfant de moins de 16 ans, lorsque son établissement scolaire est fermé par décret préfectoral.

    Un précédent existe, le congé enfant malade qui avait permis aux parents d’enfants malades du Covid de les garder en bénéficiant de leur salaire. Je propose de transposer ce dispositif aux aléas climatiques, jusqu’à 5 jours par an.

    Cette mesure de justice sociale permet à tous les parents n’ayant pas les moyens d’avoir quelqu’un pour s’occuper de leur enfant, ou un proche qui le peut, de s’en occuper quand l’école est fermée. L’État doit permettre aux parents de protéger leurs enfants des dangers climatiques qui se multiplient.

  • Jeunes au bord de la crise de nerf…

    Jeunes au bord de la crise de nerf…

    La litanie persistante de faits divers tragiques impliquant des jeunes ces dernières années est douloureuse. Pour les familles endeuillées, pour les vies gâchées, pour les communautés touchées, l’émotion est immense, et le questionnement intense. Mais cette jeunesse à couteaux tirés dont certains médias se sont faits les vautours gourmands ne doit pas nous aveugler. Contrairement à ce que fantasme une droite conservatrice qui a toujours refusé d’admettre qu’il y ait des lectures autre qu’autoritaires de ces violences, les rixes meurtrières, les agressions physiques, les harcèlements numériques sont autant de signaux faibles qui doivent nous alerter de la présence d’un mal plus profond. Plus souterrain.

    La jeunesse française traverse aujourd’hui une crise silencieuse, aiguë, existentielle, qui lui vrille le cœur et la travaille dans l’esprit et la chair. Une crise qui touche à l’intime, et qui interroge frontalement la capacité de notre République à protéger ses enfants. Dans les écoles, dans les quartiers, sur les réseaux sociaux comme dans les familles, les signaux d’alerte se multiplient : tensions violentes, explosion du mal-être psychique, accès à la santé entravé, sédentarité grandissante, anxiété sur l’avenir, angoisse sur le présent… Cette accumulation de vulnérabilités dessine une réalité inquiétante, dont les discours institutionnels peinent encore à prendre la mesure et l’urgence.

    Violences sur et par mineurs

    Premier lieu de socialisation, l’école est aussi le miroir des tensions qui traversent la société. Le harcèlement scolaire y demeure un fléau massif et persistant. Près d’un élève sur dix, soit environ 700000 jeunes chaque année, en est victime. Moqueries, humiliations, mise à l’écart, violences physiques ou psychologiques : les formes sont multiples et souvent banalisées. À cela s’ajoute le cyberharcèlement, qui déplace la violence hors des murs de l’établissement. En 2024, près de 20% des collégiens déclaraient avoir subi des attaques en ligne. Les réseaux sociaux accélèrent et démultiplient la portée des agressions, rendant impossible toute échappatoire. Les suicides induits par ces comportements restent heureusement à la marge des statistiques, mais ils augmentent, signalant un problème de santé et de sécurité publiques. Mais l’école n’est pas seule concernée. Dans certains quartiers populaires, les tensions entre jeunes, les rixes, parfois mortelles, ou encore les phénomènes de bandes témoignent d’une insécurité intolérable pour les jeunes concernés et pour les résidents. Certes, la plupart de ces phénomènes n’ont rien de vraiment nouveau : les trafics criminels, les bandes violentes et la délinquance des mineurs ne datent pas des réseaux sociaux — mais, l’âge moyen des jeunes concernés s’abaisse de façon inquiétante. Si ces violences restent très minoritaires, elles marquent cependant les esprits par leur brutalité et leur médiatisation.
    À cela s’ajoute une défiance profonde envers les institutions, notamment les forces de l’ordre, perçues comme agressives ou discriminantes par une partie de la jeunesse. Les contrôles d’identité répétés, les interpellations brutales, les violences policières réelles ou ressenties participent d’un sentiment d’injustice qui mine le lien social. Enfin, les violences intrafamiliales touchent un nombre alarmant d’enfants et d’adolescents. Près de 160 000 mineurs vivent dans un foyer où des violences conjugales ont été signalées. Ces jeunes, souvent invisibles, développent des troubles affectifs durables, parfois irréversibles. Ils sont les premières victimes d’un silence collectif.

    Santé mentale : crise silencieuse, souffrances massives

    Derrière les portes fermées des chambres d’ados, dans les couloirs du collège ou du lycée, se joue une autre forme de détresse : celle de la santé mentale. Selon l’INSERM, près d’un tiers des adolescents présentent des signes de souffrance psychologique. Crises d’angoisse, troubles du comportement alimentaire, idées noires, automutilations : les formes d’expression du mal-être sont de plus en plus précoces et intenses. La pandémie de COVID-19 a agi comme un accélérateur, mais le mal est plus ancien. La jeunesse d’aujourd’hui est confrontée à un double paradoxe : jamais elle n’a eu autant de moyens de « communiquer » — et jamais elle ne s’est sentie aussi isolée. Le sentiment d’inutilité, la peur de l’avenir, l’épuisement scolaire ou la pression sociale pèsent lourd. L’engagement collectif, les activités sportives, culturelles, ludiques, qui peuvent jouer un rôle d’équilibre, sont trop souvent absents du quotidien. Face à cette crise, la prise de conscience de la puissance publique aura été tardive. Et les moyens publics sont dramatiquement insuffisants. Il y a en moyenne un psychologue scolaire pour 1 500 élèves, quand l’UNICEF recommande un ratio de 1 pour 500. L’accès à un pédopsychiatre peut prendre plus d’un an dans certaines régions. Les centres médico-psychologiques (CMP) sont débordés, les services de santé scolaire presque invisibles. Résultat : des milliers de jeunes restent seuls face à leur souffrance, et les enseignants eux-mêmes, en première ligne, n’ont ni la formation ni les ressources pour y répondre.

    Santé physique : sédentarité, précarité, addictions La santé physique des jeunes est aussi un sujet d’inquiétudes.

    En 2024, un enfant sur cinq en France est en surpoids ou obèse. La sédentarité progresse, aggravée par le temps d’écran et la baisse de l’activité physique régulière. Dans les milieux défavorisés, l’accès au sport encadré est souvent restreint, faute de structures, de moyens ou d’offres gratuites. Mais le plus grave facteur réside sans doute dans l’alimentation. Il y a d’une part la précarité alimentaire qui pousse nombre de familles vers des produits ultra-transformés, riches en sucres, en gras et en sel, au détriment d’une alimentation équilibrée. Cette réalité a des conséquences directes sur la santé des jeunes, mais aussi sur leur concentration, leur humeur, leur capacité à apprendre. Et d’autre part la faillite des dispositifs de prévention et d’éducation, qui livrent les familles aux ravages publicitaires de l’agro-alimentaire. Les inégalités sociales se traduisent aussi dans l’accès aux soins : les déserts médicaux s’étendent, même en zone urbaine. Les consultations non remboursées, comme les soins dentaires, ophtalmologiques ou psychologiques, deviennent un luxe pour certains. De nombreux jeunes majeurs perdent toute couverture santé en sortant du système scolaire, faute de démarches ou d’accompagnement. Enfin, la question des addictions s’impose avec acuité. L’expérimentation précoce de l’alcool, du cannabis, et plus récemment des cigarettes électroniques parfumées (puffs) est en forte hausse. Ces produits, très accessibles, très attractifs, fragilisent des corps encore en développement, et souvent en quête de repères ou de compensation.

    Une jeunesse fragilisée, une République interpellée

    Ce tableau n’est pas une fatalité. Mais il exige une réponse à la hauteur du défi. Les violences que subissent les jeunes ne sont plus des « faits divers » : elles sont le symptôme d’un abandon progressif. Le mal-être n’est pas un problème individuel, il est collectif. Et la santé, qu’elle soit mentale ou physique, ne peut être laissée au marché ou à la débrouille. Réinvestir dans la jeunesse, c’est aujourd’hui une urgence sociale, sanitaire, éducative, mais aussi démocratique. Car une République qui ne protège pas ses enfants est une République qui meurt. Les propositions qui suivent se concentrent principalement sur l’école.

    Parce qu’il faut commencer quelque part, et que c’est bien entendu à l’école de la République que se retrouvent les enfants. C’est là qu’ils passent une partie, parfois démesurée, de leur temps et que se forgent leur forces aussi bien que se révèlent leurs fragilités. C’est surtout le lieu où la puissance publique peut intervenir, en offrant aux plus jeunes et aux familles un cadre sécurisé et protecteur dans lequel les enfants peuvent se développer en confiance et s’épanouir. C’est aussi à partir de l’école que peuvent se décliner les autres interventions sur la santé, la socialisation, et le bien-être. Mais ce n’est qu’un jalon. Il faut faire plus, mieux, plus vite et plus en profondeur. Il y a urgence. La santé de notre jeunesse est en jeu. Et avec elle, notre avenir à tous.

    Pour un environnement sûr et sans violence au sein de l’Ecole

    AUJOURD’HUI : ACCOMPAGNER

    1. Assurer l’encadrement de tous les élèves en période d’examens Les collégiens et lycéens qui ne passent pas d’examens terminent leurs cours dès le début du mois de juin. Il est nécessaire d’encadrer ces élèves jusqu’à la fin de l’année scolaire d’une part pour qu’ils poursuivent leurs apprentissages et d’autre part pour qu’ils ne soient pas livrés à eux-mêmes sans aucun encadrement.
    2. Offrir des vacances à ceux qui n’en ont pas Parce que la violence sociale frappe aussi la jeunesse, il est important de mettre en œuvre des mécanismes qui en limitent l’impact dès à présent. Créer un budget vacances et loisirs pour les élèves les plus précaires, dès l’été 2025, permettant l’accès gratuit à des activités encadrées dans les quartiers et les communes (animations dans les parcs, ateliers, maisons de quartier…). Ce qui permettra la découverte et la valorisation d’activités en plus de favoriser une cohésion de groupe. Aujourd’hui, seules les communes les plus riches peuvent proposer ces activités à leurs jeunes habitant.es. Les aides d’Etat sont encore insuffisantes (Pass colo, AVF…).
    3. Rendre le sport accessible à tous les jeunes pendant l’été Garantir l’ouverture gratuite des équipements sportifs municipaux aux mineurs en été, en lien avec les clubs et associations, pour encourager la pratique et renforcer l’inclusion. Comme les JOP 2024 ont permis l’investissement des jeunes dans les pratiques sportives, il s’agit alors de renouveler ces pratiques.
    4. Favoriser la mobilité des jeunes l’été Prolonger et élargir le Pass Rail, vers une gratuité progressive des transports estivaux pour les jeunes, afin de lever les freins à la mobilité et à l’autonomie. La mobilité permettra aux jeunes d’avoir accès aux loisirs, par exemple en passant une journée en ville, ou en nature, à la plage ou au musée…

    DEMAIN : PRÉVENIR

    1. Instaurer des cercles de parole en classe sur les violences scolaires Mise en place d’espaces de dialogue qui doivent être animés et encadrés par des médiateurs formés, afin de permettre aux élèves d’échanger librement dans un cadre de confiance. C’est ainsi prévenir et alerter les élèves sur ces dangers.
    2. Faire intervenir des associations spécialisées dans les établissements Renforcer et promouvoir les actions de prévention par des partenariats avec des associations expérimentées dans la lutte contre les violences scolaires et urbaines, comme l’association SADA. La parole de ces associations est clé en ce qu’elle est soutenue par une expérience de terrain qui peut davantage intéresser et marquer les jeunes.
    3. Utiliser les outils audiovisuels pour sensibiliser Lors de réunions hebdomadaires avec tous les élèves et tous les enseignants d’une classe, diffuser de courts documentaires de prévention, comme la série Rixe (france.tv slash), accompagnés d’un échange pédagogique afin de soulever les différentes problématiques liées aux violences. Le format « série » permet de développer une attache au récit et ainsi d’inciter une mémoire plus forte.
    4. Renforcer la prévention du harcèlement sous toutes ses formes Mettre en place une stratégie renforcée de prévention du harcèlement scolaire, incluant à la fois le harcèlement entre élèves et le ressenti de harcèlement entre élèves et personnels éducatifs. Cela implique une formation systématique des équipes pédagogiques à la détection des signaux faibles, la création d’espaces d’écoute accessibles aux élèves, ainsi qu’un protocole clair de signalement et de traitement, adapté à chaque situation. Des enquêtes doivent être menées au sein des établissements dès le signalement de la moindre violence : les équipes pédagogiques doivent intervenir au premier mot ou geste violent. Chaque école, collège ou lycée doit adopter un plan détaillé des mesures prises pour empêcher le harcèlement. L’enjeu est d’installer une culture scolaire du respect mutuel et du dialogue.

    APRÈS-DEMAIN : REPENSER L’ÉCOLE

    1. Faire de la santé mentale des enfants une priorité nationale Renforcer significativement la présence de psychologues scolaires pour atteindre l’objectif d’un psychologue pour 500 élèves, conformément aux recommandations de l’UNICEF, et garantir un suivi réel et régulier du bien-être des enfants.
    2. Associer les parents à la prévention des violences scolaires Donner une place aux parents dans l’élaboration des politiques publiques de prévention, en reconnaissant leur rôle clé et en intégrant leurs besoins et propositions. C’est par le dialogue que pourra se résoudre la violence.
    3. Construire une école plus horizontale et inclusive Le système élitiste mis en place par l’Ecole doit être progressivement remplacé par une Ecole de l’entraide, du compromis, du partage d’expériences et de connaissances. Cela passe aussi par la suppression des notes et leur remplacement par des certifications (qui évaluent les connaissances acquises). Il est tout aussi essentiel de responsabiliser les jeunes, de sortir des logiques de mépris que l’Ecole véhicule : par exemple en faisant dès à présent participer les jeunes, dès le plus jeune âge, à la vie de l’Ecole (faire la cuisine, distribuer la nourriture, faire le ménage…), et sur un temps plus long en cessant de séparer les savoirs utilitaires des connaissances abstraites.
    4. Renforcer les équipes éducatives dans les quartiers prioritaires Déployer des équipes pluridisciplinaires dans les ASE et quartiers prioritaires pour prévenir les ruptures, accompagner les jeunes, soutenir les familles et éviter les logiques d’escalade.
    5. Privilégier les réponses éducatives aux interventions policières Mettre en place des unités mobiles éducatives capables d’intervenir en prévention ou en réponse aux tensions, dans une logique de médiation et de gestion non violente des conflits.
    6. Soutenir l’engagement écologique et citoyen des jeunes Financer les associations qui impliquent les jeunes dans des actions concrètes pour l’environnement, afin de renforcer leur sentiment d’utilité, leur participation citoyenne et leur responsabilité collective.
  • Santé mentale

    Santé mentale

    C’était la « grande cause nationale 2025 ». Encore une. Après la planète, le climat, les violences faites aux femmes, l’éducation… On ne les compte plus. Pas plus que les numéros verts censés résoudre les crises. Composante essentielle de la santé, la santé mentale concerne aujourd’hui une part écrasante de la jeunesse : près de 55 % des 18-24 ans sont affectés par un trouble ou une souffrance psychique. Mais la santé mentale, loin de devoir être un buzzword, invite à un véritable plan d’action. En effet, au-delà des discours, c’est la réalité concrète du soin qui se délite. À quoi bon multiplier les campagnes si, dans les faits, des patients atteints de troubles anxieux, bipolaires ou dépressifs ne trouvent plus leurs traitements en pharmacie ?
    Depuis plusieurs mois, la France, septième puissance économique mondiale, est touchée par des difficultés d’approvisionnement, voire des ruptures de stocks alarmantes de médicaments psychotropes : olanzapine, teralithe, quétiapine, antidépresseurs divers, tous sont concernés. Le phénomène est national, persistant, symptôme du désengagement de l’Etat. En réalité, ces pénuries ne sont pas accidentelles. Elles s’expliquent par un enchevêtrement de facteurs pluriels : la vulnérabilité des chaînes logistiques, une forte dépendance vis-à-vis de sites de production étrangers, des choix stratégiques de laboratoires préférant les marchés les plus lucratifs ainsi qu’une politique de prix en France jugée trop peu incitative par les fabricants et autres industriels. Le résultat ? Une exposition accrue à des risques de rechute, une errance thérapeutique renforcée au détriment des patients et de leur entourage.
    Plus largement, la psychiatrie reste le parent pauvre de notre médecine. Délaissée, sous-financée, mal valorisée, elle incarne l’abandon silencieux d’un pan entier de la politique de santé publique, et ce, depuis trop longtemps. Le centre hospitalier Sainte-Anne, à cheval sur ma circonscription, et l’Institut Mutualiste Montsouris sont, à ce titre, des piliers majeurs de l’offre de soins sur Paris. Ils incarnent l’engagement d’une partie du corps médical et de professionnels, qui, malgré tout, œuvrent au mieux.2

    Le témoignage récent du journaliste et animateur Nicolas Demorand, ayant révélé être bipolaire de type deux, nous pousse à lever un tabou : celui de la maladie mentale. Crue et violente comme il l’explique lui-même, cette formule courageuse appelle à un combat contre le silence, l’invisibilisation et la stigmatisation de milliers de personnes atteintes de pathologies mentales. Cela fait peur, oui, d’autant plus dans une société maltraitante où l’altérité se heurte à une norme sociale étroite, à une vision aseptisée du commun. A l’heure d’un néolibéralisme précarisant, d’une grave crise climatique et d’une économie de l’attention captée par les plateformes numériques, on ne peut répondre à un enjeu protéiforme par des solutions individuelles. Ce n’est ni suffisant, ni pertinent : la santé mentale ne peut être abordée uniquement comme une affaire personnelle. Elle est le symptôme d’un déséquilibre collectif, et appelle une réponse structurelle, sociale et politique. A terme, l’engagement en faveur de la santé mentale devra être englobant, ou alors il ne sera qu’un slogan de plus.

    Les politiques doivent désormais se préoccuper sérieusement de la santé des français, en interrogeant d’abord leurs conditions matérielles d’existence et pas que. Interrogeons ce qu’il y a derrière cette détresse, ce qu’il faudrait changer dans une société productiviste où tout projet humain, culturel et éducatif est mis à mal. Créer du lien est important, y apporter des moyens l’est encore plus. Pour nos jeunes et pour le futur.

  • Daech, extrême droite, même combat

    Daech, extrême droite, même combat

    Le 16 janvier 2025 dans l’Humanité

    Alors que, dans le recueillement et la douleur, nous tentons depuis dix ans de surmonter les failles de nos sociétés et de répondre aux horreurs du terrorisme islamiste, le poison de la haine continue d’être distillé dans l’espace public par toutes celles et ceux qui ont intérêt à la fin de la concorde nationale.

    Ils sont nombreux à se cacher derrière un hypocrite amour du drapeau, une défense agressive des valeurs civilisationnelles et une définition tronquée de la laïcité. Les dernières provocations racistes sur les femmes voilées comme étendard de l’islamisme d’un ministre réactionnaire qui professe son dédain pour l’État de droit sont venues nous rappeler que, si les terroristes sont morts, leur projet politique reste bien vivant. Car, ne nous y trompons pas, il s’agit de nous diviser et de détruire la France.

    Quand, au milieu de la décennie précédente, Daech proclamait l’avènement de l’« État islamique », le califat proclamait aussi son ambition civilisationnelle : diviser le monde en opposant musulmans et non-musulmans, en particulier les Occidentaux. Tout ce qui pouvait contribuer à polariser les sociétés, à les rendre aussi intolérantes que possible pour les musulmans était bienvenu, car cela nourrissait la cause djihadiste, ici ou là-bas.

    Malheureusement, cette projection conflictuelle d’un monde à la Huntington, divisé en civilisations hostiles, a fait beaucoup d’émules en dehors des islamistes. La radicalisation est toujours l’effet recherché par les terroristes : détruire la zone grise, les hésitants, les modérés, les gens de bonne volonté. Forcer chaque citoyen à prendre parti, à choisir un camp : l’extrême droite et les mouvements identitaires ont très bien reçu le message islamiste. Une alliance objective s’est dessinée.

    Dans ses études, le Centre international pour le contre-terrorisme le confirme : la polarisation accompagne une radicalisation réciproque, où les identitaires nationalistes et islamistes se renforcent mutuellement, créant un climat propice à la violence. La polarisation de notre espace public, renforcée par un écosystème médiatique dysfonctionnel, contribue chaque jour à dresser des camps les uns contre les autres. Disons-le très franchement : les discours de haine et les lois qui stigmatisent les musulmans n’ont rien à voir avec la défense de la laïcité, rien à voir avec la lutte contre le terrorisme, rien à voir avec la recherche de la paix. Au contraire. Ils sont autant de victoires posthumes des assassins de Charlie. Autant de nouvelles cartouches dans les armes des djihadistes.

    Chez nous, le FN a capitalisé sur des thèmes tels que l’immigration et l’identité nationale, toujours en stigmatisant les populations musulmanes. Dans un renversement odieux, le RN, héritier direct de la collaboration et du régime qui a mis en place la discrimination des juifs avant de les livrer à l’occupant nazi, a même réussi à se racheter une virginité historique. Grâce à une amnésie générale, jusque dans ses rangs, le parti fondé par l’homme du « détail de l’histoire » se pose désormais en rempart contre l’antisémitisme. Hallucinant.

    Mais ce n’est que le dernier pavé sur la route de sa normalisation. Le discours du RN n’a plus rien d’exceptionnel ni même d’extrémiste, à l’heure où ses propositions de discrimination nationale se retrouvent dans une grande partie du spectre politique et de l’électorat.

    Certes, Daech est moribond, et, chaque année, des dizaines de complots djihadistes sont déjoués par le travail remarquable des services français et de leurs collègues européens. Cependant, si le califat a perdu contre la coalition internationale, la menace terroriste est toujours hautement probable, comme le rappellent les spécialistes. Mais le terreau de la terreur est toujours fertile, car le travail de sape des fondements de notre pacte républicain par la violence identitaire continue.

    Je veux le redire ici avec force et conviction : la stigmatisation des musulmans renforce les djihadistes. La seule réponse est dans le refus de la polarisation, la défense inconditionnelle du pacte républicain contre tous les identitaires et les radicalisés. La lutte contre la polarisation demande une vigilance et une implication au quotidien. Elle exige la même intransigeance face à l’antisémitisme que face au racisme dont sont victimes trop de nos compatriotes. Elle demande que nous fassions preuve de responsabilité collective et d’engagement citoyen pour renforcer la cohésion sociale, promouvoir le dialogue entre nous et combattre les discours qui veulent nous diviser à mort. Soyons forts : la guerre civile n’aura pas lieu !

  • Soirée des Pro’metteurs

    Soirée des Pro’metteurs

    L’association « Une Voie pour tous » a décidé de mobiliser des lycéens professionnels qui ont travaillé sur des propositions de lois en vue d’améliorer cette filière éducative. Ce sont donc quelque 300 jeunes, venue de 9 établissements, qui ont planché sur des propositions de lois qui proposent aussi bien de mieux impliquer les parents, de multiplier les jumelages entre lycées que de renforcer les aides à l’orientation.

  • Paris, le mal de terre

    Paris, le mal de terre

    Paris souffre d’un mal profond : celui d’une politique urbaine déconnectée des besoins de ses habitants. La Tour Triangle, ce monstre de verre et d’acier de 180 mètres de haut, en est le dernier symbole ostentatoire. Contestée par les riverains, les urbanistes et les experts écologistes, elle impose désormais sa silhouette, en construction mais déjà obsolète, dans le paysage parisien comme un totem de l’aveuglement politique. Une aberration écologique, une pompe à énergie dont l’unique fonction sera de servir les intérêts d’investisseurs privés, alors que Paris manque cruellement de logements accessibles.

    Car cette tour n’est pas une exception, mais le produit d’un système. Héritage chiraquien persistant, la priorité est restée pendant des décennies aux bureaux plutôt qu’aux logements. Entre 1999 et 2013, 150 000 emplois ont été créés dans la capitale, mais seulement 30 000 logements construits. Alors que les Parisiens s’entassent dans des appartements trop petits, que les jeunes actifs peinent à se loger, que les étudiants galèrent, la construction de bureaux n’a guère faibli. La Ville de Paris a beau afficher des efforts récents en matière de logement social, elle reste l’otage d’un modèle de développement dépassé.

    D’autant plus que ce modèle semble ignorer les mutations profondes du monde du travail. Toutes les études le montrent, la pandémie a accéléré l’essor du télétravail et rendu encore plus scandaleuse l’accumulation de bureaux vides. En Île-de-France, plus de 43 % des actifs télétravaillent régulièrement, le plus souvent à domicile. Soit 20 % du total des heures travaillées. L’intensité de télétravail des actifs résidents et des emplois varie du simple au triple selon les communes. Un « effet télétravail » qui allège la pression des transports, autonomise et encourage une meilleure productivité, et libère du temps familial ou social.

    Certes, toutes les catégories de travailleurs n’en bénéficient pas uniformément, et les études soulignent aussi d’évidents risques de santé physique ou psychosociaux qu’il entraîne – même « télé », c’est toujours du « travail ». Mais la mutation est à l’œuvre. Dont une autre conséquence se voit dans la réorganisation générale des bureaux, moins personnels, mais plus mobiles, plus fonctionnels, et finalement beaucoup moins gourmands en espace.

    Le travail change. La ville doit changer avec. Plutôt que de s’entêter à bétonner pour des espaces de travail sous-utilisés, un véritable tournant urbanistique est urgent. Il est nécessaire que la puissance publique redevienne stratège et cesse de se reposer sur les dynamiques du marché.

    Outre la fin des grands chantiers inutiles hérités d’une mentalité périmée, il est temps d’initier la transformation ces bureaux en logements, déverrouiller certaines règles d’urbanisme pour favoriser la réhabilitation, et surtout recentrer nos efforts sur le droit universel au logement.

    Le fond du problème, bien sûr, c’est le foncier. Le prix de la terre, à Paris est la cause majeure des problèmes d’urbanisme, des dynamiques de gentrification et des difficultés d’accessibilité au logement. La hausse spectaculaire de ces dernières décennies, tant pour les logements que pour les espaces commerciaux, soulève des questions cruciales quant à la possible maîtrise du foncier par la Ville de Paris ainsi que ses conséquences sur le marché immobilier, les prix des logements, des commerces et in fine des biens de première nécessité, notamment l’alimentation. En parallèle, la spéculation immobilière, particulièrement sur les logements vacants et bureaux inoccupés, joue un rôle significatif dans la dynamique haussière, exacerbant les tensions sur le marché.

    Certes, les niveaux de prix limitent les politiques d’acquisition de terrains pour des projets publics, sociaux, ou de rénovation urbaine. Aussi à l’arme budgétaire il faut ajouter l’arsenal de la fiscalité. Sur les biens inoccupés par exemple, et tout particulièrement les près de 4 millions de mètres carrés de bureaux vacants sur la ville et la Région pour dissuader les opérations spéculatives.

    Paris perd ses habitants, qui fuient une ville trop chère, trop grise, trop stressante. Pour enrayer cet exode des familles, il nous faut une réorientation claire des investissements publics et privés : Paris doit être une ville pour les Parisiennes et Parisiens, pas un musée pour touristes globalisés ou une vitrine pour promoteurs immobiliers.